Recadrage à la Dusautoir
Dans le contexte d'un Tournoi, qui semble promis au XV de France et à la veille d'un match face à l'Italie, au Stade de France, que les Bleus ne peuvent décemment pas perdre, Thierry Dusautoir, en bon capitaine, tempère l'euphorie ambiante et remet son équipe à sa juste place. Après la cacophonie de la mi-temps à Cardiff, l'occasion aussi de réaffirmer son leadership.
La confiance ne doit pas empêcher la vigilance pour Dusautoir. (Maxppp)
Que Dusautoir n'hésite pas à franchir, trop conscient du danger qui guette sa formation. "J'entends parler du Grand Chelem un peu partout, note-t-il, cité par Le Dauphiné. Entre nous, on n'ose pas encore en parler ouvertement, mais on n'est pas totalement hermétique à ce qui se dit à l'extérieur." Y penser sans trop y croire: une ligne de conduite pour se garder de cet optimisme béat, grand classique des équipes de France en phase ascendante, jamais à l'abri du gadin que l'on n'attend pas... "Ce dont nous avons besoin, c'est d'un peu de modération", confirme encore Dusautoir dans les colonnes du quotidien régional. "Je sais, la modération, ça ne fait pas vendre. Mais il ne faut pas mettre la charrue avant les boeufs." Du bon sens, une évidence, peut-être, mais le troisième ligne, encore riche de l'expérience vécue il y a quinze jours, à Cardiff, où le bénéfice d'une mi-temps parfaite faillit être gâché par une calamiteuse seconde période, préfère enfoncer des portes ouvertes que de pécher par excès de confiance.
Dusautoir: "Moi, j'en ai marre des miettes !"
Une manière aussi de réaffirmer son leadership sur le groupe. Non pas que son autorité soit aujourd'hui contestée d'aucune manière, lui dont les statistiques à l'issue de chacun des quatre premiers matches du Tournoi restent des modèles du genre. Mais pèse là encore le souvenir de Cardiff et d'une mi-temps surréaliste, où dans l'excitation, et l'euphorie justement, de ce premier acte conclu sur le score imparable de 20 à 0, la cacophonie avait pris le pas sur la concentration du groupe. "On menait de 20 points et il y a eu une forme de relâchement, décrivait-il dans Sud-Ouest après la victoire à l'arraché (26-20) sur les Gallois. Je l'ai senti venir à la fin de la première mi-temps. Il y avait une espèce d'excitation. Tout le monde donnait son avis sur la stratégie. Quand chacun dit ce qu'il faut faire, c'est généralement mauvais signe, mais c'est aussi assez classique quand une équipe prend l'avantage aussi nettement en première mi-temps. J'ai donc demandé à Marc Lièvremont de tempérer tout le monde."
Pour Dusautoir, la démocratie participative, appliquée à l'équipe de France, trouve ses limites quand guette ce que trivialement on pourrait appeler le "bordel ambiant". Et lui entend bien tenir alors tout son rôle de garde fou. "En fait, les entraîneurs attendent toujours une participation et une prise de responsabilité. Quand les joueurs valident la stratégie, et ne sont pas de simples exécutants, ils sont plus efficaces dans sa mise en place. Mon rôle est de faire l'interface. De recadrer mes équipiers quand je sens de la déconcentration, d'exprimer leurs attentes auprès des entraîneurs."
Après quatre journées, l'équipe de France n'a, a priori, plus de rival à sa hauteur pour lui contester un Grand Chelem qu'un calendrier favorable lui avait d'ailleurs promis avant même l'entame du Tournoi. Tout comme à Cardiff, les Bleus, sur leur nuage, courent le risque de perdre le fil face à des Italiens requinqués par leur dernier succès sur l'Ecosse (16-12). "Gagnons contre l'Italie, l'Angleterre, ce sera pour plus tard, souligne Dusautoir. Si on ne fait pas les choses dans l'ordre, on continuera à ne gagner que quelques matches par-ci, par-là, à ne ramasser que des miettes. Moi, j'en ai marre des miettes ! Gagnons contre l'Italie, gagnons le Tournoi et si l'opportunité d'un Grand Chelem se présente, on la prendra en temps et en heure." Et de conclure sur une réalité, qui avait fini par échapper à beaucoup: "N'oublions pas que l'on peut gagner le Tournoi dès ce week-end." (*)
(*) Les défaites combinées de l'Angleterre en Ecosse et de l'Irlande face au Pays de Galles ce samedi assureraient les Bleus, en cas de 4e succès face à l'Italie, d'une victoire finale dans ce Tournoi 2010 avant même la dernière journée et le "crunch" face aux Anglais.







