McQuaid: "Tout est une question de compromis"
Présent la semaine dernière, contrairement à l'an passé, au Palais des Congrès pour assister à la présentation du parcours du Tour de France 2009, Pat McQuaid, le président de l'Union cycliste internationale (UCI), reconnait que les relations avec les organisateurs de la Grande Boucle se sont apaisées. Et affirme que les deux parties sont prêtes à travailler de concert pour éradiquer le fléau du dopage.
Pat McQuaid semble satisfait par la tournure des événements. (Reuters)
Absolument. Nos relations se sont apaisées. Aujourd'hui, ASO et l'UCI entretiennent des rapports "superbes (en français dans le texte). J'étais absent l'année dernière et j'en étais triste. Je suis extrêmement heureux d'être présent cette année. Comme chacun le sait, nous avons beaucoup discuté avec ASO depuis le début de l'été pour déboucher sur un accord lors des derniers championnats du monde à Varèse (l'UCI aura de nouveau la main sur les contrôles antidopage sur le Tour après la "pige" effectuée cette année par l'AFLD, ndlr). Nous nous sommes revus dernièrement et nous avons chacun les mêmes objectifs et les mêmes intérêts. Nous voulons travailler ensemble dans les prochaines années. Pour répondre brièvement à votre question: oui les relations sont meilleures entre ASO et l'UCI.
Qu'est-ce qui pourrait les rendre encore meilleures ?
La question n'est pas de savoir ce que l'on doit encore faire pour améliorer ces relations mais ce que nous devons faire aujourd'hui pour aider au développement de notre sport. Nous devons travailler ensemble pour être sûrs que le Tour de France 2009 se passe bien. Nous devons tous deux user de notre influence pour convaincre le peloton et les coureurs de ne pas se doper. Et puis, nous devons discuter pour savoir comment faire grandir notre sport, d'un point de vue commercial comme institutionnel.
"L'AFLD n'est pas dans son droit..."
Acceptez-vous désormais que le Tour de France ne fasse pas partie du ProTour ?
Oui, nous l'avons accepté. Mais nous l'avions déjà accepté l'année dernière. Mais, ils (les organisateurs du Tour de France) ont également accepté la présence du ProTour. C'est donnant-donnant.
Cela veut dire que vous reconnaissez aux organisateurs la liberté d'inviter les équipes qu'ils désirent ?
Oui, dans la mesure où les organisateurs du Tour du France ont signé un contrat dans ce sens avec les équipes pour les deux prochaines années. Encore une fois, tout est question de compromis et de négociations. Nous reconnaissons leur liberté d'organiser et d'inviter les équipes qu'ils souhaitent lors des deux prochaines éditions mais nous discutons déjà de la possibilité d'introduire notre propre règlement à partir de 2011, qui garantirait aux équipes d'être sélectionnées pour le Tour de France et les autres grandes épreuves sur un critère sportif.
L'AFLD a émis des doutes sur la capacité de l'UCI à reprendre la main sur les contrôles antidopage lors du prochain Tour de France. Comment réagissez-vous à ce début de polémique ?
S'il y a un début de polémique, c'est de la faute de l'AFLD et elle n'est pas dans son droit. Elle connaît les règles internationales. L'UCI est l'instance responsable de la question de la lutte antidopage dans le cyclisme. Et ça inclut la France et ils (les dirigeants de l'AFLD) le savent. Je suis sûr qu'on pourra discuter dans les semaines à venir de ce sujet pour trouver une façon de travailler ensemble. Nous l'avons fait par le passé. Je n'ai aucun problème avec Monsieur Bordry (Directeur de l'AFLD). Je suis sûr que nous trouverons un arrangement. Les contrôles seront sous la responsabilité de l'UCI mais nous voulons collaborer avec l'AFLD et le laboratoire de Chatenay-Malabry, ce que nous avons toujours fait dans le passé. Nous n'avons aucun problème avec le sérieux de leurs contrôles mais nous ne pouvons accepter les fuites dans la presse émanant du laboratoire de Chatenay-Malabry.
Y aura-t-il de nouveaux tests après la course comme ceux de cette année qui ont permis d'incriminer Kohl et Schumacher ?
Je ne peux pas vous le dire aujourd'hui. Ça a été le cas cette année parce qu'ils ont trouvé une nouvelle méthode pour détecter la Cera dans le sang. Cette année est un cas particulier. Si un cas similaire se produit l'année prochaine, l'UCI sera évidemment favorable à ce que les échantillons soient de nouveau testés après la compétition. On me demandait dernièrement si les échantillons du Giro et de la Vuelta seraient également réanalysés. La réponse est non parce que ça prendrait trop de temps et couterait trop d'argent. Mais, si nous avons des doutes sur un coureur, nous pourrions le faire. Les médias ne seraient pas alertés parce que nous ferions ça de manière professionnelle. Si un cas était positif, les médias seraient alors tenus au courant.
Les sanctions pourraient-elles être plus lourdes à l'avenir à l'encontre des coureurs contrôles positifs ?
A partir du 1er janvier 2009, les sanctions pourraient effectivement passer de deux à quatre de suspension en cas de dopage intentionnel. Un bon exemple de dopage intentionnel est celui de Kohl (Bernhard Kohl a été contrôlé positif à la Cera sur le dernier Tour de France, ndlr). Il a avoué s'être dopé. Dans ce genre de situations, on pourrait envisager de porter sa suspension à quatre ans.
"Schumacher et Kohl ne se seraient jamais dopés s'ils n'étaient pas à la recherche d'un contrat"
Mais comprenez-vous l'argument du coureur qui dit s'être dopé pour retrouver la forme après une blessure ?
Le suivi longitudinal est là pour vous permettre de vous remettre progressivement. Je pense que Kohl, comme Schumacher et Ricco, pensaient que la Cera était indétectable. Kohl et Schumacher sont des cas classiques - même si je ne veux pas trop parler de Schumacher tant que la procédure le concernant n'est pas terminée - de coureurs en quête d'un nouveau contrat. Et sur quelle course peuvent-ils se montrer ? Sur le Tour de France. Malheureusement, c'est sur cette course qu'ils prennent le plus de risques. Ils ont tous les deux signé un contrat pour l'année prochaine sur la base de leurs performances réalisées grâce à un produit qu'ils croyaient indétectable. Et j'en reviens au ProTour qui a été beaucoup critiqué. L'un des objectifs du ProTour est d'offrir aux coureurs des contrats longue durée. Ça diminuerait ce risque de voir des coureurs être tentés à l'idée de se doper pour se montrer. Je suis sûr que Schumacher et Kohl ne se seraient jamais dopés s'ils n'étaient pas à la recherche d'un contrat.
En Allemagne, pourquoi des coureurs comme Jaksche et Sinkewitz ne trouvent-ils pas d'employeurs ?
Ne me posez pas la question. Demandez aux directeurs d'équipe. Ce sont eux qui décident. On ne peut pas les influencer. Ces deux coureurs ont tout à fait le droit de revenir à la compétition. Mais ce sont aux équipes de décider ou non de les faire revenir.
Que pensez-vous de la décision de l'ARD et de la ZDF, les deux diffuseurs historiques allemands du Tour de France, de boycotter la Grande Boucle 2009 ?
Ce n'est pas bon. C'est une mauvaise décision. C'est une décision inéquitable. Je n'aime pas parler des autres sports mais, quand je vois que sept athlètes russes ont été suspendues, je me demande si ces chaînes vont arrêter de couvrir l'athlétisme. Elles doivent se montrer juste avec tout le monde. Je pense que le message délivré par ces chaînes est faux et injuste. Les gens qui ont pris cette décision, et je suis conscient qu'au sein de ces deux chaînes publiques ils ont été influencé par les politiques, n'ont pas encore compris la bataille que nous livrons actuellement contre le dopage. Ils se retirent de cette bataille et c'est dommage.
Depuis trois ans, on nous présente le Tour de France comme celui du renouveau...
Je l'ai toujours dit depuis que j'ai été élu en 2005: la lutte contre le dopage ne se gagnera pas en un jour mais prendra des années. Je serai heureux si dans deux, trois ou quatre ans, nous en avons terminer avec ce fléau.







