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Le 16/01/2007 Propos recueillis par FREDERIC WARINGUEZ
De Sports.fr

Brard: "Juste un gregario"

Par la grâce de son maillot de champion de France conquis en juin dernier, Florent Brard est sorti de l'anonymat au sein de l'équipe Caisse d'Epargne. Arrivé en simple équipier la saison dernière, le Tourangeau désormais installé à Pau, est devenu un pilier de la formation franco-espagnole, au côté d'Oscar Pereiro et d'Alejandro Valverde. Ce maillot beu-blanc-rouge, le Français espère y faire honneur dans les six mois qui viennent, en continuant à prendre plaisir dans son métier, malgré le contexte...

Avec Pereiro et Valverde, Brard a le sourire.Avec Pereiro et Valverde, Brard a le sourire.
Florent, ce maillot de champion de France, vous ne l'avez porté que pendant le Tour de France que vous avez dû abandonner en raison d'une blessure à la veille de l'arrivée...
Oui, ça fait six mois que je n'ai pas été au départ d'une course officielle. Pour l'instant, je n'ai pas encore beaucoup profité du maillot même si chaque matin, c'est un grand plaisir de l'enfiler. Maintenant, je veux lui faire honneur parce que je sais que ça ne dure pas longtemps.

Avez-vous hérité d'un rôle différent dans l'équipe avec ce titre de champion de France ?
Dans une équipe comme ça, je ne suis qu'un gregario. Ce n'est pas tout à fait le même statut qu'Agritubel quand même. Là je cours à côté d'un phénomène qui s'appelle Valverde. Lui, il est capable de tout gagner. Et c'est vraiment plus tripant quand on court pour la gagne. Avec Valverde, forcément tu es toujours devant et ça permet de saisir des opportunités...

Vous avez donc de nouvelles ambitions ?
Non pas particulièrement. Je vais reprendre comme d'habitude avec le Tour Med, Paris-Nice, des courses en Espagne. L'équipe vise les grands rendez-vous, le Tour, la Vuelta, les Ardennaises. Moi je vais jouer ma carte où ce sera possible...

"Faire une Dirk Demol ? Pourquoi pas ?"

Il y a toujours Paris-Roubaix dans un coin de votre tête...
Bien sûr, cette course me fait toujours rêver. Le simple fait d'y participer, pour moi c'est déjà quelque chose, une première satisfaction personnelle. Tu ne vois pas le pavé, tu as le public qui s'écarte devant toi, t'es déconnecté de la réalité, tendu du début à la fin... En 1999, quand je l'ai finie pour la première fois, que j'ai fait le tour du Vélodrome, ça reste un grand moment de ma carrière. Sur mon lit de mort, je m'en souviendrai !

Mais la gagner cette course, vous y croyez ?
Faire une Dirk Demol (vainqueur en 1988, ndlr) ou une Jean-Marie Wampers (vainqueur en 1989, ndlr) ? Pourquoi pas ? Mais il me faudrait un maximum de réussite. Me retrouver dans le final avec un Boonen, ce serait pas une mince affaire !

Français dans une équipe franco-espagnole et champion de France, avez-vous la garantie de participer au Tour de France ?
L'équipe Caisse d'Epargne a une grosse culture du Tour. Un groupe avec huit noms a déjà été constitué pour le Tour et je suis dedans. Ça permet d'avoir un objectif clair et de se préparer sereinement quand dans certaines équipes françaises, la sélection se fait au soir du championnat de France. Résultat, tu vois des mecs s'arracher ce jour-là et après plus rien...

Comment se passe la cohabitation entre Français et Espagnols au sein de l'équipe Caisse d'Epargne ?
Il y a eu un grand remaniement l'année dernière. Une bonne partie des coureurs est partie. A la présentation de l'année dernière, c'était un peu coincé. Cette année, il y a une vraie cohésion. Il y a un vrai groupe avec bien sûr des affinités entre certains coureurs mais il y a une bonne osmose. Les dirigeants ont fait de bons choix.

"Plutôt du côté d'ASO..."

Avez-vous été inquiet d'un possible départ de Valverde vers T-Mobile ?
Oui, ça aurait été dommage qu'il parte. Tant mieux s'il reste même si ça va faire un trou dans le budget d'après ce que j'ai compris (rires). J'espère qu'ils ont gardé un peu de sous pour nous !

Comment vivez-vous, au sein d'une équipe espagnole, les scandales qui secouent le cyclisme ?
Je ne lis plus beaucoup la presse. En prenant de la bouteille, je prends de plus de plaisir à m'entraîner, à partir en course, avec mes coéquipiers. De ça, on n'en parle jamais mais c'est pourtant l'essentiel de la vie d'un coureur. Ce qui se passe autour prend beaucoup d'importance dans les médias. Moi, j'ai du mal à suivre. Puerto, j'y comprends rien, tout le monde se ridiculise, la police, les pouvoirs sportifs. Et cette charte éthique pour se donner bonne conscience mais qui ne sera jamais respectée, pfff...

Mais n'êtes vous pas favorable à ce que les choses soient éclaircies pour le bien du cyclisme ?
Je crois qu'il faudrait un chef, une vraie autorité. La guerre entre l'UCI, les Grands Tours avec l'AMA qui s'en mêle, l'association des équipes... Aujourd'hui, c'est ASO qui a le plus de pouvoir. Moi, je serais plutôt du côté d'ASO qui sont les seuls à demander, parfois, l'avis des coureurs. Le Pro-Tour, on n'a jamais été consulté, l'UCI, je n'ai jamais vu personne... C'est un grand bordel dans lequel le coureur est un pion.

Et Valverde qui aurait eu des liens avec le Dr Fuentes ?
Je ne sais pas trop quoi en penser. Je n'en sais pas plus que vous. Ce que je peux dire c'est que Valverde est un garçon que j'apprécie beaucoup. Moi, je reste optimiste. Je suis dans le vélo depuis un moment et je vois que beaucoup de choses ont changé. Je prends de plus en plus de plaisir, j'adore ça ! Et puis, on dit que ça va mal mais il n'y a jamais eu autant d'argent dans le vélo, notamment en France.

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