La 16e journée au banc d'essai
Trinh-Duc qui brille avec Montpellier face au Stade Français (38-6), Beauxis touché au nez lors de la victoire du Stade Toulousain contre le Racing-Métro 92 au Stade de France (19-13), voilà les deux principales informations que Philippe Saint-André, le sélectionneur du XV de France, aura retenues de la 16e journée du Top 14 à une semaine du premier match du Tournoi des Six Nations contre l'Italie. Mais c'est encore Mourad Boudjellal qui a le plus fait parler de lui samedi...
Mourad Boudjellal a assisté à la victoire du RCT depuis son perchoir. (Maxppp)
Quand Mourad Boudjellal, le rebelle du rugby français, promet une surprise, on s'attend au pire... Mais le président du RC Toulon, qui se réclame de la génération Groland, a finalement puisé dans le répertoire de ce rugby de vieilles traditions qu'il dénonce pour exprimer le fond de sa pensée. "Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté", voilà le couplet entêtant de La vérité de Guy Béart craché par la sono de Mayol à la fin de la démonstration de son équipe face à Bayonne (50-10). Une énième provocation à l'adresse des instances nationales en réponse à sa suspension de 130 jours pour atteinte à l'image du rugby prononcée deux jours plus tôt...
Le président du RCT a fait pire. Mais le trublion du rugby tricolore, privé de vestiaire et de pelouse, a accompagné le son par l'image, s'offrant en victime aux photographes, d'abord accroché aux grilles du stade puis juché seul, tel un supplicié, sur le toit du tunnel menant aux vestiaires. De quoi faire enrager à des centaines de kilomètres de là Patrick Wolff, le vice-président de la LNR, venu dans les couloirs du Stade de France, à l'issue de l'affiche entre le Racing et Toulouse, dénoncer le cirque "guignolesque" de Boudjellal et l'écho qui lui offre la presse...
Ravi de son coup, le président du club varois pouvait lui s'épancher devant les caméras de Jour de Rugby sur cette drôle d'expérience dans un témoignage plus enrichissant que ces attaques envers l'arbitrage ou Pierre-Yves Revol, le président de la LNR. "C'est bizarre parce qu'on est dans un entre deux. Il y a le public, c'est agréable d'être avec les gens qui vous parlent, mais, pour moi, le match est un vrai moment de souffrance et j'ai besoin d'être un peu seul. (...) Je l'ai mal vécu parce que lorsque moi, je rentre sur le terrain... (il se reprend) Enfin quand je rentre sur le terrain... Quand mon équipe rentre sur le terrain, je suis persuadé que mon équipe va en prendre cinquante, racontait-il. En plus, je n'avais pas tous mes grigris, toutes mes places fétiches parce qu'en bas, j'ai plein d'endroits, où je me mets pour les pénalités, pour les mêlées... Je n'avais pas tout ça, donc j'étais un petit peu perdu. Mais si je suis en bas, c'est pour une raison simple, c'est parce que moi, je suis dans la magie de mon club, je suis fasciné par tout ça et j'ai envie de le vivre avec eux."
S'il avait pu fendre la foule à la descente du bus toulonnais, accompagné pour l'occasion de deux gardes-du-corps, Boudjellal, contraint de quitter ses hommes aux portes du vestiaire avant le match, non sans avoir salué son directeur sportif, Bernard Laporte, si prompt à le soutenir, et chacun de ses joueurs, aura donc été privé de Pilou-pilou dans l'intimité du groupe, comme l'ampleur de la victoire toulonnaise l'aurait sans doute incité à le faire. Mais le président du RCT, qui fait appel de sa sanction, n'a pas fini de faire parler de lui...
LE JOUEUR : François TRINH-DUC (Montpellier)
Ses dernières prestations avaient donné du crédit à une possible titularisation de Lionel Beauxis samedi prochain à l'ouverture du XV de France contre l'Italie le 4 février, au Stade de France, lors de la première journée du Tournoi des Six Nations. Mais avant même que le Toulousain ne quitte samedi la pelouse de l'enceinte dionysienne avec une possible fracture du nez, victime d'un choc avec Fabrice Estebanez lors de la victoire du Stade Toulousain face au Racing-Métro 92 (19-13), François Trinh-Duc avait marqué des points la veille dans son duel à distance avec l'ancien Parisien, crevant l'écran vendredi, à Yves-du-Manoir, décisif sur les trois premiers des quatre essais de la victoire montpelliéraine contre le Stade Français (38-6) et impressionnant dans la conduite du jeu du MHR. L'ouvreur international appréciait surtout le réveil des siens une semaine après le lourd revers au Leinster (25-3): "Le rugby, ça commence par l'envie et le combat. Au Leinster, peut-être parce qu'on n'avait plus rien à jouer, on n'était pas présents ; aujourd'hui, on a retrouvé nos valeurs de combat et de solidarité, au rugby, tout en découle." Et l'ouvreur aux 35 sélections d'ajouter: "Il fallait être généreux et continuer à produire, on savait que ça allait s'ouvrir..."
LA PHRASE : "Mon geste était simplement bête." (De Yoann Huget, au micro de Jour de Rugby)
Expulsé après moins d'une demi-heure de jeu samedi à Mayol pour un coup de tête envers Benjamin Lapeyre, une sanction qui a pesé lourd pour l'Aviron Bayonnais surclassé par Toulon (50-10), Yoann Huget espérait autre chose pour son deuxième retour de suspension pour manquement aux règles de localisation dans le cadre de la lutte contre le dopage. "Je ne vais pas en rajouter. Mon geste était simplement bête, a-t-il reconnu au micro de Jour de rugby sur Canal+. Maintenant, j'étais un peu pris par l'événement, la reprise, c'est plus un geste de nervosité qu'autre chose. On va attendre une sanction, j'espère qu'elle sera la plus infime possible parce que mon intention n'était pas vraiment de le blesser, j'étais venu pour séparer à la base. C'est pour ça que je suis frustré d'avoir laissé mes coéquipiers et de leur avoir tiré une balle dans le pied." Bayonne pointe, au soir de cette 16e journée, à la dernière place du classement...
LA STATISTIQUE : 600
Comme les 600 minutes sans marquer pour Brive en Top 14 auxquelles a mis fin samedi, à Amédée-Domenech, l'essai de Scott Spedding face à l'Usap (17-9). On l'aura compris, au CABC, c'est surtout la défense qui fait bonne figure avec un total de dix essais seulement concédés cette saison, dont deux à domicile, qui font de Brive la meilleure défense du Top 14. Ce précieux succès sur les Catalans, adversaires directs pour le maintien, le premier en championnat depuis le 22 octobre face à Bayonne, qui met fin à une série de sept matches sans victoire, comble de bonheur Ugo Mola: "Cette victoire nous fait vraiment du bien, savourait l'entraîneur briviste, interrogé au micro de Jour de Rugby. C'était un contexte particulier, il faudra compter sur nous jusqu'à la fin. Ce groupe c'est vraiment du bonheur au quotidien de travail avec eux parce qu'ils ne rechignent à rien, ils ont envie de progresser et de bosser ; il ne reste plus qu'à faire péter ces derniers verrous pour prendre encore plus de plaisir."







