Rodriguez version BO
Au coeur de la polémique pour avoir dénoncé la sélection de Dimitri Yachvili, Laurent Rodriguez, en premier défenseur des intérêts biarrots, persiste et signe. Le manager du BO, privé de son demi de mêlée vendredi à Perpignan, dans le choc de la 22e journée du Top 14, accepte pour notre site d'évoquer les Bleus, la situation de son équipe, décidée à se battre jusqu'à l'ultime journée, et le profond travail engagé sur la formation au sein du club basque. Entretien vérité.
Les portables ont chauffé cette semaine entre Rodriguez et le staff tricolore. (Maxppp)
Les Bleus, Yachvili, la polémique
"On salivait du retour des cadres et on nous prend Dimitri (Yachvili). Je n'ai aucun problème avec Marc Lièvremont, qui en tant que sélectionneur se doit de retenir ce qu'il estime être les meilleurs joueurs pour composer l'équipe de France, mais moi, je dois faire avec l'effectif que j'ai en début de saison, c'est quand même sensiblement différent. Je lui ai seulement fait part de mes craintes à voir un joueur comme Dimitri avec un seul match dans les jambes et après sept semaines d'absence, si peu préparé, évoluer au niveau international, même face à l'Italie, qui ne sera pas une partie facile. Nous n'avons pas pris de risque à le faire jouer face à Toulon 80 minutes et les trois jours suivants, on avait prévu de le ménager et de faire du renforcement sur son genou, ce qu'il ne va peut-être pas faire en équipe de France, voilà pourquoi j'ai râlé. Après, j'espère quand même que l'équipe de France gagnera contre l'Italie, que si Dimitri rentre, tout se passe bien pour son genou, qu'il fasse gagner cette équipe, mais je me devais de dénoncer cette situation parce que le travail et la préparation ne sont pas les mêmes qu'en club. Vous imaginez, on met des joueurs à disposition des joueurs pendant quelques jours et déjà leur morphologie change. Et je m'interroge sur la préparation d'une Coupe du monde qui arrive avant laquelle les joueurs seront libérés deux ou trois mois. Et puis, en toute logique, lorsqu'on sélectionne un joueur, c'est qu'on estime qu'il est en forme et si c'est le cas, c'est bien parce qu'il a travaillé selon une certaine méthode. Donc c'est dommage, selon moi, de ne pas travailler dans la continuité de ce qui est pratiqué en club, voilà tout."
Le spectre de la saison dernière
"Il est vrai qu'on ne souhaitait pas revivre le calvaire de la saison dernière, au cours de laquelle on s'était montré très exigeant avec les joueurs, notamment dans le sprint final, où l'équipe avait pris conscience que le club était dans une situation difficile. D'un commun accord, tout le monde s'était réveillé au même moment. A l'arrivée, on décroche une qualification européenne non sans difficultés. Et on s'était dit: « Plus jamais ça ». Parce qu'il est quand même éreintant d'être dans l'obligation de gagner tous les matches qui se présentent. On l'a fait une fois, c'est difficile de rééditer ce genre de performance d'une année sur l'autre, même si on s'aperçoit qu'on s'en rapproche un peu plus de cette situation. Et on sait qu'il n'y a rien de plus mauvais que d'être dépendants des autres. Quand on est un club comme Biarritz et qu'on a vécu ce qu'on a vécu ces dix dernières années, on se doit de ne dépendre que de nous-mêmes. Ce n'est toujours pas le cas aujourd'hui. En cela, on peut considérer que c'est un échec."
A Perpignan pour un exploit
"On a été inquiet des conditions météo et des chutes de neige, mais on fait confiance aux Catalans pour nous nous recevoir comme il se doit. Le BO a su par le passé signer des victoires importantes à Aimé-Giral, mais la différence, c'est que le Perpignan de l'époque n'est pas celui d'aujourd'hui. On se déplace chez le champion, qui n'a pas perdu match de la saison sur sa pelouse, qui n'a pas l'intention de perdre vendredi soir, au contraire, qui a l'occasion de mettre un prétendant à la qualification loin derrière lui. Et ils ne vont pas se gêner pour le faire. Ils ont une équipe, qui amène du mouvement. J'ai encore pu le constater récemment contre Montferrand dans un match, dont l'intensité n'était pas éloignée d'un match de niveau international avec des Perpignanais en grande forme physique. D'ailleurs, Marc Lièvremont aurait pu en prendre quatre ou cinq pour jouer le Tournoi, ça nous aurait bien arrangé (rires). C'est une des équipes en forme du moment, mais en même temps, affronter une équipe de ce calibre, ça nous enlève de la pression ou ça nous en met suffisamment pour être impliqué totalement. Parce que si on ne l'est pas sur un tel match, ça risque de faire un match comme Paris l'a connu récemment contre le Stade Toulousain."
Paris, Biarritz, pas le même combat
"C'est un parti pris, différent, c'est vrai. Avec Serge Blanco, on avait anticipé et discuté depuis longtemps de cette nécessité de travailler sur notre centre de formation, qui est le réservoir et l'avenir de notre club. C'est un travail de longue haleine, ça ne se fait pas du jour au lendemain et on l'améliorera encore la saison prochaine de façon à être sûr de pouvoir à terme compter sur nos joueurs issus du centre de formation. Dans le planning de la semaine d'entraînement des joueurs en formation le matin, on s'arrange pour qu'ils puissent venir s'entraîner avec les professionnels l'après-midi. Ça nous permet à nous de les suivre en permanence à chaque séance collective et ça leur offre à eux, espoirs du club, l'opportunité de s'entraîner auprès des joueurs cadres. Parce que plus fort encore qu'un entraîneur, c'est un joueur de haut niveau que vous côtoyez tous les jours. C'est l'expérience qui parle. Jeune joueur, plus encore qu'à écouter mes entraîneurs, ce qui n'était finalement qu'un complément, j'ai surtout beaucoup plus appris aux côtés de grands joueurs."
Yann Lesgourgues, l'un des produits du centre de formation biarrot sur lequel Rodriguez mise beaucoup. (Maxppp)
Jeunesse et formation: un long chemin...
"On est en train de restructurer cette équipe du BO. On est aujourd'hui à une période, où l'on renouvelle les contrats au sein de l'effectif, surtout ceux de nos cadres, à l'image récemment d'Imanol Harinordoquy. Damien Traille et Dimitri Yachvili sont encore sous contrat, on a renouvelé Campbell Johnstone, Fabien Barcella, et d'autre vont suivre. L'important, c'était d'assoir ces cadres-là dans un avenir certain par rapport au club. Maintenant, on peut se permettre d'aller chercher à droite, à gauche de jeunes joueurs, qui souhaiteront évoluer aux côtés de ces cadres. On a déjà lancé cette saison dans le grand bain des jeunes de notre centre de formation, qu'on essaye de faire progresser tant qualitativement que quantitativement (il est passé de la catégorie 3 à 2, ndlr). On a fait débuter des joueurs comme Paul Couet-Lannes, Yann Lesgourgues, Wen Lauret, Benoît Guyot, Tanguy Molcard et j'en passe... C'est notre fierté. L'avantage, c'est qu'on a un avenir qui se dessine avec ces joueurs-là, l'inconvénient, c'est que sur des matches à couteaux tirés, on manque d'expérience. Mais je crois qu'on est obligé d'en passé par cette période difficile, qui malgré tout, nous laisse beaucoup d'espoirs."
Top 6, rien n'est perdu
"Ça risque de se jouer jusqu'au dernier moment, sur les dernières rencontres, tout le monde s'accroche dans ce championnat. Les regrets existent par rapport aux matches manqués en début de saison, à commencer par le match d'ouverture à Aguiléra contre Castres. On n'a pas démarré de la meilleure des façons. Et puis des défaites chez des équipes moins bien classées, comme chez la lanterne rouge, Albi, où on s'aperçoit que peu d'équipes se sont inclinées. Aujourd'hui, ce sont des points qui nous manquent et il va être très difficile d'aller gagner ailleurs. Mais les faux-pas que nous avons eus, d'autres équipes en auront jusqu'à la fin de la saison. Il reste encore de la place pour des surprises et j'espère qu'on sera la bonne. Si on devait tirer le bilan aujourd'hui, il ne serait pas bon, autant le reconnaître, mais il peut devenir excellent, comme le dit notre président (Serge Blanco). Il a raison et puis, il est d'un naturel optimiste, il a arrêté de jouer, mais il relance toujours des 22 ! (rires)"







